Chapitre 24
20 Mar 2008 
Chapitre 24

Questions embarrassantes


La porte de la chambre s’ouvrit et une exclamation retentit.
- Bonjour David, comment tu vas ?
Nous tournâmes la tête en même temps vers la porte.
C’était Max.


En voyant nos airs surpris affichées sur nos visages, Max comprit sans doute qu’il aurait mieux fait d’attendre dans le couloir.
- Je dérange peut-être ?
L’air tout innocent qu’il avait en plus !
Je fus la première à reprendre mes esprits et à lui répondre.
- Non, bien sûr que non. David me disait que…
Mais comme j’ignorai de quoi il allait me parler, je modifiai ma phrase en…
- David m’avait dit que vous deviez passer dans l’après-midi.
Je me tournai vers celui-ci et continuai à son adresse.
- Je crois que je vais vous laisser. On se revoit demain de toute façon ?
David ouvrit la bouche. J’eus l’impression sur le moment qu’il allait l’ouvrir pour demander à son meilleur ami de sortir de sa chambre mais il sembla penser que ce n’était pas une bonne idée et il se reprit.
- D’accord Lisa, on se verra demain, répondit-il en m’adressant un grand sourire.
Un sourire qui comme d’habitude me fit voir des petites étoiles tout autour de moi, au point de croire que j’aurai pu voler et traverser des milliers d’obstacles pour retrouver mon prince charmant qui m’attendait sur son beau cheval blanc devant notre petite maison. La charmante petite maison de mon rêve de ce matin et cette campagne si paisible… Enfin, ça fait peut-être un peu conte de fée tout cela ?
Lisa ? Youhou, réveille-toi Lisa !!!
Oui, bon, je sais ce que vous allez dire, je suis un peu trop dans mes rêves. Et encore plus ces derniers temps. Ce qui est curieux, d’ailleurs.

- Lisa ?
Je sentis une main sur mon épaule, alors que je reprenais pied dans la réalité.
Oh mon dieu, je me réveille et la première chose que je vois, c’est le regard de David devant le mien, ces yeux, mais ces yeux… Pitié, non mais pitié, arrêtez de me torturer… Là-haut !!!
Instinctivement, je reculai d’un pas. David resta indécis un moment, ne comprenant pas ma réaction car il était simplement inquiet et n’avait pas prémédité ma réaction.
- Oui, je suis là David… A plus tard alors.
Je souris, adressa un bref salut à Max et je sortis dans le couloir d’un pas précipité.
Max s’était dégagé du passage pour me laisser passer puis referma de nouveau la porte avant de s’exclamer à son meilleur ami.
- Alors David, je vois que tu es déjà plus en forme.
David sortit de sa torpeur, c’était à peine s’il avait entendu Max lui parler. Il se laissa tomber assis sur son lit, ce qui eut pour réaction sur Max :
- Et bien non, finalement, tu m’a l’air fatigué toi. Ca va David ?
David leva le regard vers son meilleur ami.
- Oui bien sûr, tout va bien. Pourquoi ça n’irait pas ?
- Oui, pourquoi ça n’irait pas. En tous cas, je peux te dire que tu nous as une nouvelle fois fichu une de ces peurs bleues !
Max partit d’un joyeux éclat de rire accompagné d’une accolade sur l’épaule de David.
Celui-ci acquiesça mais resta silencieux.
- Dis donc, ça n’a pas l’air de te réjouir…
- Pourquoi je me réjouirai du fait que je vous ai fichu une peur bleue ? demanda David, étonné.
- Je voulais dire, tu ne te réjouis pas d’avoir échappé une nouvelle fois à la mort ?
- Ah si bien sûr, pour ça oui ! Et je dois une fière chandelle à Lisa.
Max acquiesça puis demanda, interrogatif :
- Pourquoi Lisa ?
- Parce que, parce que c’est grâce à elle que je suis encore en vie.
Sous le regard surprit de Max qui lui demandait quelques détails supplémentaires sur ce qu’il venait d’avancer, David continua :
- Tu ne pourrais pas comprendre Max.
- Non, tu as raison, je suis bête.
- Je n’ai jamais dit ça, protesta David.
- Je sais, c’était pour rire. Alors ?
- Qu’est-ce que j’aurai à te dire de plus ?
- Je ne sais pas, c’est à toi de me dire ce que tu as voulu dire par « je dois une fière chandelle à Lisa ». C’est elle qui t’a sorti du coma en se mettant à genoux et en priant un miracle ?
- Tu ne crois pas si bien dire.
- Quoi, elle s’est mise à genoux et a prié ?
- Non, bien sûr que non, mais elle était là. Elle est restée à mes côtés toute la nuit d’hier. Physiquement comme en pensée.
- Tu veux dire quoi par là ?
- En fait, elle s’est endormie ici sans se rendre compte de la fermeture de l’hôpital.
David ne semblait pas avoir entendu Max parler mais continuait sur sa lancée comme s’il se parlait plus à lui-même qu’à quiconque d’autre.
- Ca, ça m’aurait étonné, se moqua Max.
- Je sentais qu’elle était là… C’était presque si nous étions côte à côte et qu’elle me communiquait sa force… C’était comme si…
Max se recula et se mit face à lui, l’observant comme s’il pensait que son ami n’était vraiment pas dans son état normal. Il lui secoua une main devant les yeux, pour le faire revenir dans la réalité. Mais David ne réagit pas.
- David ? Tu te sens bien ?
L’interpellé se rendit compte de nouveau de la présence de son ami.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Demanda t-il, étonné.
- Tu te sens bien ?
- Pourquoi je me sentirai mal ?... Et s’il te plaît, tu peux arrêter de secouer ta main devant mes yeux ? C’est gênant.
- Je voulais juste m’assurer que tu étais toujours avec moi. Tu n’en avais pas l’air.
- Et d’après toi, j’étais où ?
- J’avoue n’en avoir aucune idée… Mais qu’est-ce que tu racontais à propos de Lisa ?
- Je… Non rien, tu ne pourrais pas comprendre…
- C’est sûr que je n’ai rien compris de ce que tu viens de dire.
- Tiens tu vois.
- Oui, mais c’est peut-être parce que tu t’es mal expliqué… Au fait, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer.
- Le plus important est que je me sois compris moi. Sinon, c’est quoi ta bonne nouvelle ?
- Tu te souviens d’Yvonne ?
Comme David restait silencieux, il continua :
- Yvonne, la femme de ma vie. Yvonne Kubala.
- Oui, et que se passe t-il alors ?
- On a trouvé enfin un appartement et on emménage demain… On ne s’est toujours pas mis d’accord sur les meubles à emporter et leur transport mais ça va s’arranger.
David sourit.
- Je suis content pour vous.

***


Au même moment.

- Lisa !!!
Alors que je sortais de l’hôpital, quelqu’un m’appela. Je me retournai et reconnut la silhouette de Renaud qui venait vers moi.
- Vous partez déjà ?
- Et bien, comme vous voyez, oui.
- Vous avez l’air bizarre,… Reprit-il en fronçant les sourcils.
- Ah oui ? Pourquoi est-ce que j’aurai l’air bizarre, d’après vous ?
- Je l’ignore. Il y a quelque chose qui ne va pas ?
- Pourquoi est-ce qu’il y aurait quelque chose qui n’irait pas ? Répétai-je, étonnée.
Renaud haussa les épaules.
- Je l’ignore, je demandai simplement comme ça. Ca a à voir avec David ?
- Pourquoi est-ce que vous pensez toujours avoir raison ? Tous les problèmes n’ont pas à voir avec David…
- D’accord, j’ai compris. Donc, il n’a rien à voir là-dedans ?
- Dedans quoi ?
- Je ne sais pas, vous le savez mieux que moi.
- Mais pourquoi vous pensez qu’il y a forcément quelque chose ?
- A votre visage.
- Qu’est-ce qu’il a mon visage ?
Je commençai à être ennuyée par toutes ces questions.
- Vous êtes préoccupée par quelque chose, ça se voit.
- Je vous dis que non.
J’insistai sur le non et le regardai avec détermination.
Renaud me fixa avec intensité en fronçant les sourcils tout en gardant le silence.
- Non, il n’y a rien.
- Il n’y a rien à voir avec David ? Ou avec Max peut-être ? Je l’ai vu rentrer…
- Une bonne fois pour toutes, je vous répète qu’il n’y a rien. J’ai le droit d’avoir l’air préoccupée si j’ai envie, non ?
- Oui, bien sûr.
- Alors quoi ?
- Rien du tout… Je m’inquiète seulement, pour vous.
- Oui, et bien merci mais on ne vous paie pas pour vous inquiéter à la place des autres.
- Je croyais simplement…
- Oui, et bien moi je crois que vous feriez mieux de vous occuper des relations publiques, qui est le poste que l’on vous a confié. Et non des affaires privées de vos collègues !

Je tournai les talons.
- Lisa, attendez…
Mais je me forçai à ne pas l’entendre et m’éloignai.
Je savais que j’avais été un peu fort avec lui et que j’allai le regretter pas plus tard que ce soir, mais c’était vrai, il était gentil d’accord, mais c’était énervant quand il cherchait à s’occuper et à savoir tout sur tout.
Alors que je marchai d’un pas vif vers je ne sais où, où mes pas me porteraient, je me sentais également énervée contre Max qui avait débarqué comme cela dans la chambre. Il avait coupé court à ce que David allait me dire et ça m’énervait de ne pas savoir ce qu’il avait voulu me dire. C’était peut-être important, peut-être s’était-il souvenu de quelque chose qu’il ne voulait pas aborder devant quelqu’un d’autre que moi ? Et maintenant, je ne le saurai pas. Pour le moment du moins. C’était sans doute important, oui Lisa, tu te souviens du regard qu’il a eu au moment où il commencé à parler. Ce n’était pas un regard qu’on prenait pour raconter une blague ou un truc sans importance.
De dépit, je shootai dans un caillou et l’envoyai rouler à dix mètres.
Lisa, calme-toi, d’accord ? Tu vas le revoir demain, il aura donc le temps de te dire ce qu’il avait commencé à te dire.
Je fis tout à coup demi-tour pour aller retrouver Renaud et m’excuser. Mais lorsque j’arrivai de nouveau devant l’hôpital, je constatai qu’il n’était plus là. J’hésitai à l’appeler, je pensai que sans aucun doute si je l’appelai, il allait me raccrocher au nez après ce que je venais de lui dire…
« Oh, et puis zut, » pensai-je avec une pointe de regret, « tant pis. Je verrai ça demain ».
Que tout pouvait être compliqué en ce moment !!!
Je fis demi-tour vers le centre ville pour aller chez Julien.

***


Renaud ne se trouvait cependant pas si loin et si je l’avais appelé, il ne m’aurait aucunement raccroché au nez. Ce qui n’empêchait pourtant qu’il se sente déçu et rejeté, bien qu’il ne l’aurait jamais montré. Et incompris également. Il était allé jusqu’au parc où il avait longtemps erré. Il s’était accoudé au bord du pont où il avait laissé naviguer son regard au gré du lent courant de la rivière, une lueur triste transparaissant de temps en temps dans ses yeux noirs.
- Monsieur ?
Il tourna la tête pour voir une jeune femme brune arrêtée derrière lui.
- Qu’y a-t-il mademoiselle ? Demanda t-il de la voix la plus polie qu’il pu.
- Et bien, je… J’ai trouvé ce papier par terre juste derrière vous, et je me demandai s’il était à vous ?
En parlant, la jeune femme paraissait mal à l’aise mais Renaud ne le remarqua pas, car son esprit était déjà occupé par ses propres chagrins. Il jeta un coup d’œil sur le papier que la jeune femme tenait. Il reconnut son écriture.
- Oui, c’est bien à moi.
Il prit la feuille qu’elle lui tendait et la remercia.
- Oh, ce n’est rien, répondit en rougissant la jeune femme. Je me demandai aussi, monsieur… Vous ne travailleriez pas à Kerima Moda ?
Ce seul nom lui rappelait Lisa et la façon qu’elle lui avait parlée, aussi sentit-il au fond de lui, quelque chose se briser.
- Oui, je travaille bien là. Pourquoi ?
La jeune femme rougit de nouveau et baissa un peu la tête.
- Je,… Pour rien monsieur… Au revoir monsieur…
Et elle s’en alla sans une explication supplémentaire.
Renaud la suivit des yeux jusqu’à ce qu’il ne l’a vit plus. Puis, il rangea le papier qu’elle lui avait rendu dans sa poche et laissa de nouveau son regard plonger dans l’eau de la rivière.

Eurora · 380 vues · 3 commentaires

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